Ensemble nous avons fait du bon travail pour Belfort et pour le Territoire de Belfort.
Par Rédaction le vendredi 22 juin 2007, 09:30 - Lien permanent
Point de presse de Jean-Pierre Chevènement suite à sa démission du mandat
de maire de Belfort
Eléments pour le point de presse du 21 juin 2007 (seul le prononcé fait foi)

Merci d'être venus nombreux à ce point de presse.
Ce n'est pas de gaieté de cœur, vous l'imaginez bien, que j'ai mis un terme au mandat de maire de Belfort que j'exerce depuis 1983.
Mon cœur est ici et j'aurai beaucoup de peine à ne plus considérer mon
bureau de maire comme mon vrai domicile, celui où s'accumulent les dossiers et
où j'ai passé le plus clair de mon temps à Belfort.
Je veux remercier encore les Belfortaines et les Belfortains de la confiance
qu'ils m'ont accordée depuis 1973. Ensemble nous avons fait du bon travail pour
Belfort et pour le Territoire de Belfort.
Je ne regrette pas de m'être porté candidat une dernière fois dans une
élection à Belfort. Si la circonscription avait été perdue par d'autres que par
moi-même j'aurais regretté de ne pas m'être engagé dans cette ultime bataille.
J'en tire les conclusions.
Un homme politique, je l'ai répété souvent, n'a pas d'autre carburant que la
confiance de ses électeurs. Le suffrage universel a parlé et je m'incline
devant son verdict, même si je sais très bien ce qu'il
recouvre :
Depuis des années, un travail de sape a été mené contre moi, enraciné dans
les ambitions dérisoires et les rancoeurs injustifiées, et nourri
d'insinuations, de calomnies, voire d'injures, auxquelles j'ai toujours
dédaigné de répondre. Je n'ai pas été battu mais abattu.
Je remercie les 13 119 électrices et électeurs qui m'ont témoigné leur
confiance le 17 juin dernier. Je constate cependant que le taux d'abstention
est resté élevé (36,03 % sur la 2ème circonscription et 40,63 % sur les trois
cantons de Belfort où j'étais candidat, le solde en ma faveur – 343 voix –
n'équilibrant ni les suffrages obtenus par M. Zumkeller dans la 2ème
circonscription – 15 701 voix, soit 2 582 voix de plus que moi, – ni le score
global obtenu par la droite sur Belfort (8 103 voix à la droite contre 7 329 à
la gauche, avec un taux d'abstention légèrement inférieur (39,78 %) sur les
cantons Est et Centre. Comme en 2002, j'ai été abattu par la conjonction de la
droite et d'une fraction de l'électorat socialiste, malgré le soutien clair et
net que m'a apporté à deux reprises Ségolène Royal.
Ma vie politique est droite. J'assume tous mes choix, au service de la
République comme de Belfort et du Territoire de Belfort. Plusieurs de ces choix
m'ont certes mis, à certains moments, en opposition avec la majorité du parti
socialiste, sur la politique économique (1983), l'Europe, l'Irak (1991-92).
L'Histoire pour l'essentiel a tranché. J'ai toujours fait passer mes
convictions, quand elles touchent à l'essentiel, avant le conformisme de parti.
Et en 1993, après la guerre du Golfe et le traité de Maastricht, j'ai choisi,
avec d'autres, de créer le Mouvement des Citoyens pour expliquer devant le
peuple les options que je crois justes.
Les orientations que j'ai défendues en 2002 auraient permis à la gauche
plurielle de se redresser si elle avait su, à temps, les prendre en compte.
Ségolène Royal en a repris une bonne partie dans son pacte présidentiel de
2007 : redressement monétaire, économique et social de la construction
européenne, prise en charge de la nation républicaine, rejet des
communautarismes, politique de sécurité articulant prévention et répression,
défense indépendante de la France, etc. J'observe que la campagne
présidentielle dans le Territoire de Belfort a été délibérément freinée par
ceux qui privilégiaient des objectifs locaux dérisoires - c'est-à-dire mon
échec – à la victoire de notre candidate. Ce sabotage n'a d'ailleurs pas été
propre à notre département.
Je ne renie donc rien des idées que j'ai défendues. Seuls ceux qui, à l'abri d'un conformisme douillet, n'ont jamais servi que leur ambition personnelle, peuvent faire litière du débat d'idées qui est le ressort de la démocratie dans la République, comme il devrait l'être, d'ailleurs, au sein du parti socialiste. Les campagnes d'injures sont évidemment pour ceux-là plus commodes.
D'ici peu, je serai libéré de la réserve que je me suis imposée comme maire
de Belfort. Je dirai, s'il le faut, quelques vérités qu'on cache comme des
secrets de famille.
Plutôt que de m'exposer et d'exposer la gauche belfortaine à un nouveau
déchaînement de sectarisme, j'ai préféré renoncer à briguer un nouveau mandat
de maire de Belfort. Car les mêmes causes produiraient les mêmes effets. Mais
je n'ai nullement l'intention d'abandonner le combat politique. J'entends
contribuer, avec le MRC, à la refondation de la gauche sur des bases
républicaines, au plan national comme au plan départemental. Rien ne se fera
qu'à partir d'un débat d'idées et j'entends préserver et développer l'influence
intellectuelle du courant républicain civique dont la France a
besoin.
Au plan local, j'espère que mon retrait du poste de maire de Belfort
constituera pour la gauche belfortaine tout entière un choc psychologique
salutaire et l'occasion d'une prise de conscience collective. J'appelle les
femmes et hommes de gauche et de progrès à dépasser les comportements
sectaires, à refuser les règlements de compte suicidaires. Il est nécessaire
d'entamer un large renouvellement de toute la gauche d'ici mars 2008. C'est à
cela qu'il faut utiliser la fin de l'année 2007. J'ai proposé à Yves Ackermann
que nous prenions ensemble l'initiative de réunir un groupe de travail
rassemblant le MRC, le PS, le PCF et d'autres composantes de progrès venant
notamment de la société civile, en vue de préparer les prochaines échéances de
mars 2008 et notamment, en liaison avec le futur maire, l'échéance municipale à
Belfort. L'histoire nous rappelle que le sort de Belfort commande les
équilibres politiques de notre département dans son ensemble.
Dans l'immédiat il faut assurer une transition aussi harmonieuse que
possible, dans l'intérêt des Belfortains. Je proposerai, au nom des élus MRC,
au groupe Belfort-Démocratie qu'Etienne Butzbach assure les fonctions de maire
de Belfort. Un Conseil municipal prévu le 29 juin en décidera. Etienne a
l'expérience de vingt-trois ans de municipalité. Il connaît les dossiers. Sa
générosité, son ouverture d'esprit sont appréciées. Il saura maintenir l'esprit
d'équipe dans la municipalité.
Le programme municipal sur lequel nous nous étions engagés en mars 2001 sera
réalisé pour l'essentiel dans huit mois. Je souhaite que les adjoints qui
reconnaîtront l'autorité du nouveau maire soient maintenus par le Conseil
Municipal dans leurs fonctions et leurs attributions. A huit mois de l'échéance
électorale, il n'y a pas lieu, à mon sens, de modifier les équilibres internes
résultant des élections de mars 2001. Je compte sur la sagesse des conseillers
municipaux du groupe Belfort-Démocratie pour le comprendre. Il y a un temps
pour tout : ma succession à la mairie avant les vacances et la
recomposition de la gauche belfortaine d'ici la fin de l'année.
Une nouvelle liste de Belfort Démocratie – je l'espère – sera en mesure de
se présenter au suffrage des électeurs en mars 2008. C'est le suffrage
universel qui, en tout état de cause, fixera les nouveaux équilibres au sein du
Conseil Municipal.
Je veux remercier les Conseillers municipaux de Belfort-Démocratie pour le
travail effectué depuis 2001. Je suis sûr qu'ils auront à cœur de présenter aux
électeurs le bilan de notre action et un programme ouvrant à notre ville de
nouvelles perspectives de progrès.
Jean-Pierre Chevènement